Je dessine. Les lignes enroulent très souvent la forme, ou elles cherchent à dessiner, toucher et palper le sens. De la même manière j’agis sur les matières et les espaces.

Mon travail se situe dans le royaume du non-rigide. Le temps qui s’y déroule rappelle une pratique rituelle. Le dessin pourrait être rapide, mais je cherche à ce qu’il me surprenne dans sa lenteur ou sa longueur. Il y a aussi l’ídée de la perfection et de la maîtrise, sachant que la période de la matérialisation révèle une série d’imprévus. Les forces en présence seront assimilées et feront partie intégrante du travail. Le procédé amène une structure instable et c’est ainsi que la matière, même s’il s’agit du bic sur papier, devient oeuvre, dévoilant sa propre réalité énergétique.

Depuis quelques années j’utilise des bics ordinaires sur papier. Des traits superposés constituent parfois une surface proche du tissage. Les dessins sont petits et immenses en même temps, sans raconter s’ils appartiennent à l’infiniment petit ou à l’infiniment grand, cellule ou cosmos, vibrant, comme sans gravité. Rien n’est déterminé au début. Le choix disproportionné entre la finesse du trait et l’échelle du support m’engage dans un mouvement de cercles et de hachures dans la surface parcourue mais aussi dans la profondeur. Vu de loin, les dessins semblent discrets, mais de prêt le processus devient troublant. Les délicates lignes ont une formidable force, en effet elles suggèrent une variété d’atmosphères et matérialités. L’espace suspendu entre le spectateur et l’oeuvre est habité par une énergie et une vibration particulières.

Les perles ou confettis dans les formats plus petits existent en toute aisance, malgré que le stylo-bille les a presque gravés dans le papier. Les ronds semblent uniformes, mais le tracé de chaque est bien évident.

Le travail sur les sculptures et les dessins se nourrissent mutuellement. Mes recherches sculpturales se concentrent sur le corps: son équilibre, ses frontières, ses contraintes et ses élans. L’oeuvre tactile reste ainsi ouverte aux sentiments et aux expériences du spectateur. Les dimensions ressemblent aux siennes. Il s’identifie aux contraintes subies par la matière ou il est attiré par sa légèreté, ou parfois, il est emmené par la poésie de l’expression.

Les installations jouent davantage sur les dimensions et la lumière. Les mêmes gestes (toucher, entourer, laisser pendre...) se développent dans l’architecture, proposant une conscience du corps et de la matière.

Tisser, dessiner, activités atemporelles, investissent les mains et le corps tout entier.

UH 2014

I am currently exploring ordinary pens on paper. Overlapping spinnings and densed layers of red, green and blue ink generate a painted-like surface which relate vividly with the different lighting. The forms are both amorphous and kinetic, they seem continuously moving, a sort of endless game. Nothing is determined in the beginning. The disproportionate choice of the material, the commitment till the searching circles finally rule the huge formats, not only in his dimensions but also in the depth, this journey is perceptible.

From a distance, the drawings appear quiet, almost uniform, but close up, the process comes forward. The delicat lines achieve tremendous power and a range of moods and materialities are suggested. The simple forms are instinctively seductive: kinetic reveries, feathery soft stuff, infinite space...

The network of fine lines in other works recall the transparency of tissu. But these repetetive hatchings are more enigmatic, suggesting the presence of unknown forces.

The pearls or confettis in the smaller formats radiate with the greatest ease, although the ballpen almost graved them into the paper. They appear uniform, but the spinning of each is obvious. For moments one might make out a pattern, but it is lost almost immediately. The repetitve process of threading seems voidable by a simple incident.

Dans my sculptural work I confront a corporality with the desire to escape the universal force of gravity. Industrial materials are employed but never loose their relationship to bodily dimensions. The pieces of rolled plastic film suggest a dynamique movement. The corporal qualities become energetique and powerful. The light is also playig its part here. Like in the drawings it is the repeated gesture that transform the materials without fixing them in a static manifestation. Hanging from the ceiling or growing from the ground, balancing in the air, an almost poetic game. The spectator is confronted to a very tactile work.

UH 2011